Intervention Muriel Gerkens Cheffe de groupe ecolo en plénière Chambre Sur déclaration gouvernementale 16 octobre 2013

 

 

L’image de la Belgique est meilleure

Les belges aussi doivent aller mieux !

 

 

Oui, Monsieur le 1° Ministre, la Belgique respecte la trajectoire budgétaire telle qu’exigée par l’UE et est sortie du radar des vautours financiers. Nous n’allons pas nous en plaindre. Mais reconnaissons que toute l’UE reste plongée dans un contexte de crise car les exigences aveugles de rigueur et d’austérité ne sont pas porteuses de redéploiement si elles ne s’accompagnent pas d’espoir et d’investissements pour le futur, parce que les fondements qui ont conduit à la crise financière n’ont pas été corrigés.

 

Oui, Monsieur le 1er Ministre, la situation en Belgique est moins tendue que dans les pays européens les plus en difficulté comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne ou le Portugal et de ce fait nous échappons à la pression négative des marchés financiers. Nous ne nous en plaindrons pas. Mais ce n’est par autant qu’on peut crier victoire ou estimer que tout est résolu.

 

Oui, Monsieur le 1° Ministre, nous avons un gouvernement malgré la volonté de certains de détruire l’Etat Belgique. La réforme institutionnelle à laquelle les écologistes ont décidé de participer aux côtés des partis de la majorité doit permettre un fonctionnement plus coopératif entre les entités fédérées et l’Etat fédéral. Avec les aspects de modernisation de notre Etat, elle offre de nouvelles perspectives.

 

Les diables rouges et un prix Nobel de physique mettent notre pays en valeur à l’échelle internationale et nous confèrent un sentiment de fierté, que nous partageons, mais peut-on en déduire que les citoyens belges et nos acteurs économiques se portent bien ? Nous avons le regret de constater que NON et nous avons la responsabilité de proposer des solutions pour que cette situation change

 

Si l’image de la Belgique est meilleure, ce sont les belges qui doivent aller mieux !

 

Derrière l’obsession budgétaire sans projet, votre gouvernement laissera derrière lui des coûts cachés et différés:

– une pauvreté qui ne cesse d’augmenter, notamment chez les enfants, et qui se payera cash dans le futur et ce d’autant plus que cette pauvreté touche aussi des travailleurs

 

- des inégalités de revenus et de richesses inacceptables

 

- un nombre record d’entreprises en faillite et un nombre insuffisant de création de nouvelles entreprises, faute de confiance dans un projet collectif de redéploiement. La  compression des budgets des administrations fédérales qui se traduit par des retards de paiement des fournisseurs aggrave encore cette situation.

 

- une augmentation du nombre de personnes ayant perdu leur emploi à laquelle vous avez répondu par une baisse plus rapide des allocations de chômage et par un durcissement de la notion d’emploi convenable

 

-  une augmentation de chômeurs exclus pris en charge dès lors par les CPAS et les budgets communaux

 

- une réforme des pensions qui ne permet pas d’assurer la soutenabilité  budgétaire et sociale du modèle. Une réforme qui augmente un peu et égalise les pensions minimales des salariés et des indépendants mais vous avez diminué de 40% l’enveloppe de liaison au bien-être des allocations et donc des pensions et vous avez pris des mesures comme la limitation des périodes assimilées qui, à terme, diminueront les pensions de nombreuses travailleuses et augmenteront le nombre des pensionné(e)s pauvres

 

- une évolution des salaires inférieure à l’évolution du coût de la vie car vous avez gelé les salaires et modifié les modalités de l’indexation afin de retarder la hausse des salaires et des allocations quoique vous en disiez.

- Nous constatons un épuisement des travailleurs, stress et burn out, périodes d’incapacité et d’invalidité explosent au détriment de la santé de travailleurs et de leurs familles et pourtant aucune action d’envergure n’a été entreprise pour alléger un peu leur temps de travail, pour aménager leur fin de carrière, pour laisser des plus jeunes faire leur propre expérience, pour valoriser le transfert de savoirs et de savoir faire entre aînés et jeunes travailleurs.

 

- vous avez amélioré certains outils de lutte contre la fraude fiscale mais vous avez mis en place des mécanismes qui permettent aux plus grands fraudeurs de s’en sortir à trop bon compte et renoncé au transfert de la fiscalité du travail vers le capital et les revenus du capital, vous avez dès lors renoncé à une meilleure redistribution des richesses entre les citoyens et vous renoncez à rencontrer les besoins urgents des services collectifs nécessaires comme le rail, les soins de santé, le vieillissement, la justice, la police, les services incendie. Ici aussi, les communes se sentent trahies et non entendues.

 

 

L’image ne suffit plus, elle ne suffit pas pour faire face à de tels défis. 

La justice est en pleine déglingue, la réforme du paysage judiciaire ne peut cacher les réalités de terrain : le pro deo est mis à mal, les prisons restent surpeuplées, manque de vision globale et modifications législatives émotionelles . Nous sommes bien loin des promesses faites aux parents de Julie et Mélissa en matière d’accessibilité, de respect des victimes et de gestion des prisons !

 

La coopération au développement va encore perdre 10 Mns. Au total ce seront 772 millions d’euros qui ont été coupés entre 2012 et 2014, c’est inacceptable !  Il faut arrêter de considérer l’aide au développement comme une variable d’ajustement budgétaire et réaffirmer l’objectif d’y allouer 0,7% du RNB.

 

Et en politique d’asile, Non, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes :

- des personnes gravement malades sont expulsées, seules celles qui sont en phase terminale de vie et immobilisées sur un lit d’hôpital sont régularisées ;

- des Afghans que la Belgique refuse, qui sont obligés de retourner en Afghanistan où ils se font tuer, comme c’est le cas du jeune du jeune Aref de 22 ans, refusé en 2012 et dont on vient d’apprendre avec photos à l’appui qu’il a été assassiné par des talibans.

Et puis cette volonté de la Belgique d’exclure le plus possible de personnes de la procédure d’asile avec la liste de pays sûrs et l’absence de critères de régularisation, pas même pour les enfants scolarisés depuis plusieurs années en Belgique..

Des améliorations de cette politique sont urgentes afin que cessent ces situations inhumaines.

 

Bien sûr votre gouvernement s’insurge et réagit enfin contre les rémunérations inacceptables de certains responsables de nos entreprises publiques autonomes, nous vous soutenons dans cette voie mais le laisser faire vis-à-vis des gouvernants s’est accompagné d’un désinvestissement de ces entreprises publiques et d’un renoncement à les contraindre de fournir un service de qualité au citoyen (Poste, SNCB, Belgacom,…).

 

Le souci premier des membres de votre gouvernement semble avoir été et être encore aujourd’hui la nomination politique des dirigeants de ces entreprises publiques quitte à mettre à mal leur gestion, à créer des situations de conflits d’intérêt qui mettent à mal les règles de bonne gouvernance et de déontologie !

N’y a-t-il aucune perspective à défendre en mobilité via le rail ?

 

« Des prix du gaz et de l’électricité dans la moyenne des pays européens » … est-ce vraiment toute votre ambition en matière énergétique ?

L’absence de prise en compte de l’enjeu énergétique et environnemental dans vos perspectives d’ici les prochaines élections nous laisse cois et perplexes : sécurité d’approvisionnement, concrétisation des conditions de sortie du nucléaire, gestion des déchets nucléaires, soutien fédéral aux ménages et aux entreprises pour diminuer leur consommation et dès lors renforcer le pouvoir d’achat des uns et la compétitivité des autres.

Vous avez pourtant cité ces deux préoccupations comme ayant guidé vos choix politiques …

 

Si réduire endettement et déficit budgétaire sont nécessaires, il est temps d’oser une politique ambitieuse de redéploiement qui rende espoir, qui mobilise les forces et les énergies, qui permette de ré équilibrer la redistribution des richesses et de renforcer la solidarité entre les citoyens et les citoyennes.

 

Les mesures que vous nous avez présentées la semaine passée ne constituent pas un plan de relance tel qu’annoncé et dès lors attendu,

réforme fiscale, séparation des métiers bancaires, mobilisation de l’épargne au service de l’activité économique restent à l’état de promesses imprécises alors que nous sommes à quelques mois de nouvelles élections.

 

Sauver les apparences ne suffit pas, nous avons besoin de mesures structurelles et fondamentales.

 

Vous reprochez souvent, Monsieur le 1° ministre, à l’opposition de se contenter de critiquer sans faire de proposition. Je suppose que vous parlez dans ce cas là d’autres membres de l’opposition que des écologistes.

 

Ecolo-Groen, ont en effet déposé des propositions de loi qui traduisent les réformes que nous attendons du gouvernement. Nous sommes donc à votre disposition mais lisez-vous nos propositions ?

 

- Mobilisation des capitaux et de l’épargne au service de l’économie réelle : livret vert

 

- Mobilisation de ces capitaux et des outils fiscaux au bénéfice de la R&D car il faut de l’innovation industrielle pour redevenir compétitifs sur les marchés internationaux, car il nous faut aussi de la recherche fondamentale en matières énergétiques pour devenir leaders en la matière

 

- Investir et soutenir les entreprises dans l’organisation de formation aussi pour les travailleurs aînés et les moins qualifiés

 

- Aménager les temps de travail en y associant le transfert des savoirs et des savoir faire : plan tandem

 

- Améliorer sur le long terme, le budget des ménages en diminuant les dépenses inutiles via des outils fiscaux directs et indirects comme l’isolation et la construction de logements efficaces sur le plan énergétique

 

- Utiliser les outils fiscaux et parafiscaux dont le fédéral dispose pour améliorer les services dont la population a besoin comme les crèches, les écoles de proximité et les logements à finalité sociale.

 

C’est ici que  votre volonté affichée de coopération avec les entités fédérées est et sera mise à l’épreuve. L’esprit de la réforme institutionnelle à laquelle nous avons collaboré activement valorise cette coopération entre entités plus autonomes et complémentaires. Un réel plan de redéploiement socio-économique, une réelle politique énergétique nécessiteront une coopération effective dont nous regrettons l’absence et dont nous espérons l’activation dans les jours qui viennent de manière durable.

 

Vous comprendrez qu’il nous est dès lors impossible d’adopter une motion de confiance aveugle. La Belgique joyeuse que vous nous présentez est bien trop douloureuse pour de nombreux citoyens.

 

 

 

 

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