Santé : Crise des œufs contaminés : comment en est-on arrivé là ?

(C) Reporters

Cela ne vous a sans doute pas échappé : notre pays et ses voisins sont agités par une nouvelle crise alimentaire. Nos œufs sont-ils, oui ou non, contaminés par un insecticide interdit, le Fipronil ? Et si oui, depuis quand ? Sont-ils, oui ou non, dangereux pour notre santé ? Qu’en est-il des produits dérivés qui contiennent des œufs ?
Pour Ecolo, cette nouvelle crise montre que le système de contrôle de la chaîne alimentaire ne fonctionne pas efficacement. Elle montre également toutes les limites du modèle de production alimentaire de masse.

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Par Jean-Marc Nollet, Patrick Dupriez, Zakia Khattabi, Muriel Gerkens
Publié le 10 août 2017

Vous êtes perdus dans la multitude d’informations et de questions (parfois encore sans réponses) qui entourent cette crise des œufs ? Ecolo fait le point de la situation actuelle.

Qu’est-ce que le Fipronil et pourquoi est-il utilisé ?

Le Fipronil est un insecticide utilisé dans l’éradication du pou rouge, interdit dans le secteur alimentaire mais néanmoins utilisé dans diverses solutions de nettoyage. Le Fipronil est par ailleurs un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire l’une de ces substances chimiques qui modifient notre fonctionnement hormonal et notre métabolisme,et provoquent des maladies.

Quelle est la ligne du temps de cette crise des œufs contaminés ?

15 mai

Une exploitation belge analyse un échantillon positif au fipronil. Lundi soir, le député européen Bart Staes (Groen) déclarait sur la VRT que « la première contamination au fipronil dans notre pays a déjà été constatée à la mi-mai par une entreprise privée ».

2 juin

Un exploitant de Saint-Nicolas signale à l’Afsca la présence de fipronil dans ses œufs. Les analyses de l’agence fédérale confirment ce signalement. Une enquête judiciaire est lancée.

20 et 24 juillet

L’Afsca informe son ministre de tutelle, le ministre de l’Agriculture Willy Borsus (MR). Celui-ci transmet l’information le même jour à la ministre de la Santé, Maggie De Block (Open VLD). Le Ministre Borsus demande par ailleurs un rapport à l’Afsca. Le dossier est ensuite transmis à son successeur, Denis Ducarme (MR).

7 août

L’Afsca annonce les premiers résultats de ses analyses : « Il n’y pas de danger pour la santé publique. »

8 août

Une contre-expertise demandée par un agriculteur révèle des taux plus de dix fois supérieurs au premier test mené par l’Afsca. Le seuil de sécurité européen est dépassé. L’Afsca publie, sous la pression, les résultats des analyses et les numéros des lots d’oeufs concernés.

9 août

L’Afsca, et les ministres de l’Agriculture et de la Santé sont entendus à la Chambre.

La crise des œufs au Fipronil est-elle derrière nous ?

Rien n’est moins sûr. Ecolo a pu se procurer une facture datant de…mai 2016 indiquant que du Fipronil a été vendu à une exploitation belge, impliquée dans la crise actuelle. Depuis quand le Fipronil est-il utilisé en Belgique ? Qu’est devenu le Fipronil vendu en 2016 ? A ce stade, personne ne peut répondre à ces questions. Qu’en est-il des produits dérivés contenant des œufs (mayonnaise, biscuits, pizzas surgelées,…) ? Nous craignons que la partie cachée de l’iceberg soit bien plus importante, et que des œufs contenant des traces de Fipronil aient été consommés, directement ou indirectement via les produits dérivés.

L’afsca et le Gouvernement fédéral se montrent pourtant rassurant ?

Les discussions d’hier au Parlement ont montré que tant l’afsca que le Gouvernement fédéral considèrent ce dossier comme un autre. Or, il apparaît clairement que le système de contrôle ne fonctionne pas efficacement et que l’afsca n’a pas rempli son rôle correctement. De son côté, le Gouvernement fédéral charge lourdement les Pays-Bas, leur reprochant d’être la cause du manque d’informations à temps, et refuse de transmettre certaines parties du rapport. Cela ne va pas.

Pour Ecolo, c’est le manque de transparence qui crée la peur. La seule solution pour rassurer la population, c’est dans un premier temps de faire toute la transparence dans ce dossier. D’établir exactement ce qui s’est passé, à partir de quand et ce qui se passe peut-être encore, notamment dans les produits dérivés. Dans un second temps, il faut absolument revoir profondément le système, de contrôle mais aussi de production.

Comment sortir de cette crise durablement ?

Pour Ecolo, il y a deux aspects à prendre en considération pour sortir durablement de cette crise, mais également pour éviter des crises futures.

D’une part, il est indispensable de sortir d’un système agro-chimique intensif. En effet, les scandales alimentaires concernent, à chaque fois, les exploitations de grandes tailles et les productions industrielles. Il s’agit à nouveau d’une dérive de la production de masse, de la course à la productivité à tout prix. Souvenons-nous, il n’y a pas si longtemps, de la présence de viande de cheval dans les lasagnes industrielles… un autre scandale, un modèle identique de production massive visant uniquement la rentabilité et le prix le plus bas au détriment de la qualité.

Passer à un modèle agro-écologique, c’est respecter la nature et l’environnement, ainsi que les temps de croissance des animaux d’élevage et leur nourriture. C’est, en conséquence, privilégier la qualité, et respecter notre santé et celle des générations futures. Il est par ailleurs urgent d’interdire l’usage de tous ces produits dits ’perturbateurs endocriniens’, comme l’est le Fipronil. Etant présents partout, y compris dans les produits de la consommation courante, les effets cocktails de ces produits multiplient encore leur impact.

Ensuite, le fonctionnement de l’afsca doit être revu et amélioré. Dans un premier temps, on doit faire toute la lumière sur ce qu’il s’est passé dans cette crise des œufs. On doit aussi s’assurer que l’afsca ne pratique pas de favoritisme vis-à-vis des productions industrielles. C’est en effet une critique et des impressions qui reviennent régulièrement. Enfin, l’afsca doit changer de point de vue sur ses priorités et dépendre directement de la Ministre de la Santé. Actuellement, elle dépend du Ministre de l’Agriculture. Ce n’est pas logique pour une agence fédérale qui doit veiller à la santé et à la sécurité des filières alimentaires.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Une enquête judiciaire est actuellement en cours. De notre côté, nous avions énormément de questions hier, au début de la commission. Nous en sommes sortis avec tout autant de questions. Il est par exemple indispensable d’entendre le Ministre Borsus (MR), le prédécesseur de l’actuel Ministre de l’agriculture, et de recevoir le 1er rapport de l’afsca qui lui a été transmis. Nous souhaitons poursuivre les travaux rapidement et non pas, comme le souhaite la majorité, et singulièrement les députés MR, attendre septembre. La crise est trop grave pour attendre. Les citoyens s’interrogent et voudraient savoir si le contenu de nos assiettes est sain. Nous aussi. Et nous ferons donc tout pour.

Un dossier suivi par

Jean-Marc Nollet

Jean-Marc Nollet

Député fédéral

Nous sommes arrivés au carrefour de toutes les crises : financière, énergétique, sociale et environnementale. Notre réponse : relancer l’emploi en redéployant notre économie vers le développement durable.

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Patrick Dupriez

Patrick Dupriez

Co-président d’ECOLO

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Zakia Khattabi

Zakia Khattabi

Co-présidente d’ECOLO

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Muriel Gerkens

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